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Cie ZZZ - Mathilde Olivares / Danse

Depuis 2018, nous proposons des créations chorégraphiques situées et immersives, dans des institutions médico-sociales et psychiatriques. Des expériences collectives, mouvantes et hétérogènes, dont la part principale reste et restera toujours donnée à l'expérience, au présent des présences, à la rencontre et à l'immense joie - grâce fragile - de l'éphémère. Mais nous travaillons aussi, comme des scribes obstinés, à tenter d'inscrire ces expériences dans une toile plus large, afin d'inviter les regards du dehors vers le dedans, à s'attarder, comme nous, sur l'infime, le moindre geste, en laissant des traces ouvertes de ces danses, de ces rencontres, de ces récits sans parole ou logorrhéiques ; de mes - de nos - questions, difficultés ; et des beautés que nous y avons trouvées. Parce que dévoiler quelque chose de ces paysages intérieurs, complexes, cabossés, riches, de ces personnes mises à la marge qui nous ramènent pourtant à l'essentiel est impérieux. C'est un lent travail d'élaboration, discret, moléculaire, mené dans ces lieux de soin, avec celles et ceux qui y vivent, y font des séjours ou y travaillent, à l'écart des regards. Jusqu'ici, la part visible de ces projets s'est écrite dans un dialogue entre ce que peut la danse et ce que peut le cinéma. Une manière d'inscrire l'expérience au-delà des murs de l'institution de soin, mais aussi de déplacer les pressions qui s'exercent dans la nôtre - l'institution culturelle - avec son lot de nécessaires "restitutions" (qu'avons-nous donc volé qu'il faudrait restituer ? Et à qui ?). Mais ce dialogue entre la danse et le cinéma nous permet surtout de partager ce que nous aimons voir apparaître : une esthétique de la délicatesse, du délire, d'un rien, du peu, du chaos aussi ; des danses vivantes et bizarres, sur-le-vif, émouvantes parfois, improvisées toujours. Cette histoire est une histoire de rencontre. Juste pour tenter de maintenir ouverte une petite brèche poétique. Une fonction poétique, pourrait-on dire, qui ne se loge pas seulement dans la boîte noire du théâtre, mais partout où l'on accepte de s'arrêter, de regarder et de sentir ce qui se passe lorsque l'on cesse de remplir le monde de représentations et d'images spectaculaires, pour se rencontrer et fabriquer de petites choses, ensemble. Pour accéder à cela, il fallait bien rencontrer le/s monde/s des fous et des abîmés, leur fonction soignante et la créativité qui s'y déploie chaque jour, pour continuer à vivre. Accepter de se laisser toucher, vraiment, de chavirer, de se déplacer. Venir avec peu, juste nous-mêmes, et ne pas capitaliser. Faire exister et rendre visible cette matière est une aventure longue, laborieuse, précaire et discutable ; si cela ne fait pas discuter, à quoi bon ? Entre l'économie fragile d'une petite compagnie indépendante, les précautions nécessaires lorsque l'on travaille avec des personnes dont l'image et la parole demandent une attention particulière, et celles et ceux qui aimeraient qu'on ne les voie jamais, il aura fallu du temps pour que tout cela trouve un espace de diffusion à sa mesure. Ce site est pensé comme un petit lieu d'inscription et de circulation. Un espace où les traces des danses, les images, les pensées, les textes et les rencontres qui jalonnent notre travail peuvent être partiellement rassemblés et mis en relation. Car la poésie voudrait ne pas connaître les frontières que lui imposent l'organisation du travail artistique par projets, les logiques institutionnelles et administratives qui le morcellent. Pourtant, les formes disponibles et convenues de sa représentation tendent souvent à fragmenter et disloquer ce qui, dans l'expérience vécue, se tenait ensemble. C'est peut-être une forme de dissociation psychotique dont notre société est atteinte, qui rend malade. Il nous faut alors sans cesse tenter de reconstruire singulièrement des liens entre ce qui a été séparé : expériences, rencontres, images, pensées, lieux et temporalités. À rebours de toute entreprise synthétique ou homogénéisante, pour maintenir ouvertes des altérités, des articulations et des circulations. Nous espérons que cet espace permettra à ces matériaux hétérogènes de continuer à exister et à se transformer. Qu'il contribuera aussi, modestement, à inscrire notre démarche, une parmi tant d'autres, dans le monde des visibles, à la raconter un peu, sans pour autant la refermer, pour lui rendre sa valeur. Car si quelque chose a été volé et doit être restitué, c'est le regard que l'on porte aux invisibles, à ceux qui nous rappellent que la poésie ne tient qu'à un fil et que sans folie, il n'y a pas d'humanité. Le site évoluera dans le temps, au gré de nouvelles images, de nouveaux textes et de nouvelles rencontres. N'hésitez pas à venir y vagabonder et y perdre votre temps. Mathilde Olivares - Mai 2026

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